par Jean-Francois Richard » Lun 14 06 10 14:40
L'austérité à la française
Le gouvernement Fillon, qui ne voulait même pas entendre parler du mot "rigueur", a donc annoncé un grand plan d'austérité dans le sillon des mesures allemandes.
Ce plan ne réussira à rien de positif pour les raisons suivantes :
- Sur 100 milliards de réduction de la dette en 3 ans, 35 milliards sont prévus en terme de recettes fiscales supplémentaires grâce à une croissance du Pib de 2,5% de 2011 à 2013. Ce ne sera évidement pas le cas et, au mieux, la France devrait flirter avec les 1 à 1,5%.
- Ce plan va encore alourdir la fiscalité sur les classes moyennes et supérieures, notamment par les hausses envisagées de la CSG (déjà +1200% en 20 ans) et de l'ISF (remise en cause de la loi Tepa sur le financement des PME notamment). Il n'est bien entendu pas question de revenir sur la réduction clientéliste de TVA pour la restauration, la suppression de la pub sur la télé publique au profit de TF1, ni un grand nombre de niches fiscales dont le seul objet est d'amadouer ou récompenser un lobby.
Au bout du compte, "trop d'impôts tuant l'impôt" il n'y aura aucune hausse des rentrées fiscales ou celle-ci sera marginale. En revanche, tout retour possible à la croissance sera étouffé par ce poids fiscal supplémentaire sur les classes moyennes, qui réduira donc les possibilités d'épargne et d'investissement. De surcroît, pourquoi investir dans ce pays ? Le jeu n'en vaut le plus souvent plus la chandelle, la socialisation exagérée de la société ayant mené à une soviétisation démotivante sur tous les plans.
Dans ce fardeau d'impôts et de taxes, n'oublions pas les hausses programmées d'EDF au profit du lobby écolo-solaire et des retraites-chapeau des employés ni celles du gaz pour des raisons similaires, ou encore celles des contrats d'assurance de souvent +20%... Et tout cela sans compter la hausse récente de +10% de la CSG pour financer l'assistanat du RSA, ce qui portera sans doute en moins de 3 ans à 20% au total la progression de la ponction CSG au profit de l'assistance.
Dans de telles conditions, que peut-on espérer d'un tel plan ? Rien... Sauf l'aggravation de la dérive et du déclin de l'économie, de l'emploi et de la richesse nationale.
Il est par ailleurs prévu dans ce plan 45 milliards d'économie sur le train de vie de l'Etat. Sans autres précisions... Evidemment, l'imprécision est la règle en la matière, quand on voit par exemple 10 ministres au moins cumuler retraites-indemnités-salaires-notes de frais, pour des rémunérations individuelles qui ponctionnent souvent plus de 20.000 euros mensuels sur la collectivité. Et bien entendu, il n'est nullement question de baisser le train de vie-chapeau des ministres. La réforme des collectivités locales est du même acabit et, sans aucun doute, elle ne permettra pas d'économiser un seul centime d'euro...
Pour le moment, ce plan est donc un simple artifice d'annonce, probablement sensé éviter une trop forte réaction des marchés quand la note de la dette française perdra son triple A. Seules les ponctions supplémentaires sur les classes moyennes et supérieures seront elles bel et bien appliquées, contribuant donc à franchir un pas supplémentaire dans la ruine programmée du pays.
Il n'en demeure pas moins qu'il s'agit d'un virage politique important, à défaut de l'être au plan économique et social. Les mots "austérité" et "rigueur" avaient été chassés des dictionnaires, les voilà qui reviennent en force. Et compte tenu de la crise des déficits européens, dont on peut évidemment penser que l'on est bien loin de sa fin, ne tenons pas pour acquit que ce plan ne soit pas prochainement modifié dans un sens plus radical. L'Etat sera obligé de faire de vraies économies, sous la pression inexorable de la crise des déficits, et on verra déjà si l'été à venir peut être passé sans casse supplémentaire.
La conjonction Jupiter-Neptune de décembre dernier (virage politique et économique pour la France) est donc en train de faire enfin sentir ses effets. Après les plans de relance de l'an dernier, on fait maintenant l'inverse. Seule constante : ce sont toujours les mêmes qui payent, et de plus en plus... Il reste deux choses à voir, qui pourraient bien encore dépendre de cette conjonction Jupiter-Neptune : l'accentuation notable de ce plan d'austérité qui est largement artificiel et témoigne davantage de la panique du pouvoir que d'un quelconque souci de cohérence économique; l'éventuel remplacement de François Fillon à Matignon.
En conclusion, notons à quel point l'équipe Sarkozy est à côté de la réalité, ne sait pas la prendre à bout de bras, manque de perspectives et de réflexion, ne sait que courtiser les lobbys et se servir elle-même dans les caisses, alourdir sans cesse enfin les charges, les impôts, les taxes et les contraintes administratives sur les classes moyennes et les entreprises.
Tout cela aura bien entendu des conséquences et celles-ci peuvent être majeures. Pour le moment, sans caricaturer, relevons simplement que Nicolas Sarkozy prépare avec un grand enthousiasme la campagne électorale de Marine Le Pen pour 2012. Notons enfin que c'est l' année où va s'installer définitivement, pendant l'été, le grand carré Uranus-Pluton qui est si favorable à l'extrême-droite. Ce n'est pas un pronostic électoral, mais la "tendance" globale va déjà et ira de plus en plus dans ce sens, y compris en France bien entendu. 26% des adhérents UMP, selon un sondage interne, ont déjà l'intention de voter Marine Le Pen en 2012. Que l'équipe Sarkozy-Fillon continue donc d'accumuler les impôts et les taxes et de ne pas réduire le mammouth étatique... Certains s'en désolent et nous les comprenons, mais contentons-nous, pour ce qui nous concerne, de souligner le total aveuglement de la droite (comme de la gauche) française. Il est vrai que 2010 est une année très dure pour les conservateurs, notamment en France, puisque l'UMP doit affronter les conséquences du conflit entre Saturne et Pluton, deux planètes déterminantes pour la famille gaulliste française. Depuis le début de l'année, les déconvenues ne cessent pas (affaire de Villepin, élections régionales, etc.). Mais l'année 2010 est encore loin d'être terminée pour l'UMP, revers et déboires n'étant donc pas prêts de cesser...
Le 14 juin 2010