Montée du nationalisme économique

Discussion sur l'économie mondiale.

Montée du nationalisme économique

Messagepar Jean-Francois Richard » Mer 02 06 10 15:10

C'est un peu passé inaperçu, mais les Etats-Unis ont récemment adopté une loi dont le but affiché est de rétablir l'emploi américain. Le contenu de la loi a pourtant fort peu de rapport avec l'emploi... Il s'agit en fait de taxer les établissements financiers étrangers de 30% sur les plus-values effectuées par leurs clients, si l'IRS (le fisc américain) considère que ces entreprises sont insuffisamment coopératives avec lui. Notamment en matière de fraude fiscale...

Il semblerait même que les 30% de taxation puissent être prélevés avant même que les plues-values soient effectivement réalisés ! Il semblerait aussi que toutes les entreprises étrangères aux Etats-Unis, et pas seulement les banques ou fonds d'investissements, puissent être concernées par cette loi ! Tout n'est pas encore clair car les conditions d'application ne sont pas encore précisées...

Toujours est-il que cette mesure, qui n'a fait l'objet d'aucun commentaire avisé à notre avis sauf dans la presse financière suisse (à cause du poids des banques, évidemment), constitue une rupture peut-être capitale avec le libéralisme économique qui s'était imposé après la 2ème guerre mondiale. Nous voilà ainsi replongés dans la décennie noire des années 1930, avec ses politiques protectionnistes et nationalistes conduisant peu ou prou à l'autarcie économique.

Dans notre livre "La crise vue par l'astrologie", nous avions abordé ce sujet, estimant que la mauvaise relation entre Uranus et Pluton (carré de 90°), qui enfle jusqu'à son installation parfaite de 2012 à 2017,
allait conduire au repli des nations sur elles, au protectionnisme et aux tensions internationales. Nous y sommes déjà...

Nous parlions également de la prolifération du bureaucratisme sous toutes ses formes, en prenant l'exemple de ceux des années 1930, évidemment dans l'Allemagne nazie ou l'URSS mais aussi dans l'Amérique de Franklin Roosevelt. Nous y voilà aussi... La nouvelle loi américaine est un modèle du genre, prétendant améliorer l'emploi alors qu'il s'agit uniquement de chasser du sol fédéral les institutions financières ou autres qui ne sont pas "américaines". Evidemment, une telle politique ne peut qu'entraîner l'inverse du but affiché et accroître le chômage... Le temps de la plus parfaite langue de bois est donc de retour, de même que l'arbitraire le plus complet : la nouvelle loi consacre le fait du Prince, puisque l'administration américaine se réserve le droit de trier selon son gré entre les établissements "coopératifs" ou "non coopératifs" sur un plan fiscal.

C'est une autre conséquence de la mauvaise relation planétaire Uranus-Pluton en plein essor, d'autant plus qu'elle est cette année aggravée par Saturne (opposition à Uranus et carré à Pluton). On peut ainsi mesurer le recul général des libertés que cela représente, puisque le droit collectif cède le pas au profit de l'arbitraire étatique. Le recul des libertés au sens large, tant collectives qu'individuelles, est hélas également au programme des prochaines années... On s'en rend compte sur ce sujet purement économique, mais il ne s'agit là que d'un commencement.

Dans tous les pays occidentaux, les partis politiques sont ébranlés. A gauche comme à droite. Avec la crise des déficits qui galope déjà en Europe mais touchera bientôt les Etats-Unis, il est évident qu'il n'y aura aucune solution fructueuse ou positive pour les peuples. L'impopularité des politiciens a déjà atteint un seuil critique, mais on est loin d'avoir tout vu sur ce plan. Non seulement cela va continuer à favoriser les extrêmes, surtout de droite, mais les partis traditionnels, incapables d'apporter la moindre solution utile, vont s'enfermer dans la langue de bois, le bureaucratisme et l'autoritarisme. Même Angela Merckel vient d'en donner un bon exemple ces derniers jours, en interdisant idiotement les ventes à découvert d'obligations d'Etat. Mais comment couvre-t-on alors un portefeuille obligataire ? Si l'on suit la Chancelière allemande, on n'a plus le droit de le faire, un point c'est tout ! Dans ces conditions, le remède sera évidemment pire que le mal et conduira tout simplement à ce que les taux montent bien davantage, car les investisseurs demanderont un risque mieux rémunéré puisqu'ils ne pourront plus s' "assurer" contre celui-ci par le biais de couvertures.

Autoritarisme, bureaucratisme... et pure imbécilité au bout du compte ! On peut remarquer aussi, sur ce sujet, à quel point les mots ont bien un sens. En dépit de la langue de bois utilisée... Ah, on a voulu clouer au pilori les infâmes spéculateurs, évidemment responsables de la faillite de la Grèce et à présent des graves difficultés des autres PIIGS, y compris l'Italie. Ce faisant, on a menti à l'opinion en faisant l'impasse sur des déficits insoutenables pour aller chercher un bouc émissaire bien pratique. Eh bien, on en voit à présent les conséquences et les dégâts : à partir d'un mensonge auquel on a soi-même cru en partie, voilà les marchés modernes de futures que l'on commence à réglementer bureaucratiquement en leur enlevant toute leur substance et leur base même d'existence : la possibilité de se couvrir contre un risque... On est ainsi en train d'oublier pour quelle raison les marchés à terme ont été institués, non pour favoriser la spéculation mais pour aider à une formation des prix moins volatile et plus équilibrée dans le temps. Que cela ne marche pas tout le temps est une autre histoire, bien entendu...

En déclarant "sus aux spéculateurs", Angela Merckel inaugure une voie qui sera sûrement empruntée par d'autres. Et puisque la couverture contre le risque de défaillance des Etats va s'en trouver réduite, alors bienvenue à la volatilité sur la dette des Etats ! Elle est déjà énorme sur la dette grecque, mais on n'a encore rien vu... L'aveuglement politique aura son coût économique et au bout du compte social. Malheureusement, c'est dans la lignée de ce que nous promettent Uranus et Pluton. Et pour le moment, c'est à dire depuis environ un an, cela démarre très fort.
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Messagepar Stephane » Mer 02 06 10 16:46

Tu as raison sur de nombreux points, mais quand on voit que les marchés de CDS qui assurent sur le risque de défaut d'une société peuvent atteindre 50 fois le montant réel de la dette d'une entrprise, on se dit qu'on joue beaucoup, sur tout, et parfois sans aucun lien avec la réalité. Il faudra trouver un compromis entre spéculation hystérique et fluidité nécessaire. Avec des coups de barres d'un coup ou de l'autre, parfois pour des raisons politiques. Rien de nouveau sous l'Agora...
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Messagepar PIERRE » Mer 02 06 10 23:17

Je suis un peu d'accord avec Stephane. Nombre d'outils dérivés peuvent être utilisés comme une assurance, cela relève de la bonne gestion, mais peuvent être utilisés également comme des instruments de spéculation.

Dans l'économie réelle peut on souscrire une assurance auto pour une ferrari sans posséder la dite ferrari ? non mais en bourse oui. Transposé dans l'économie réélle cela reviendrait à payer une prime d'assurance de 2000 euros sur un bien qu'on ne possède pas et à encaisser une indemnisation de 100 000 euros en cas de crash de la ferrari...

En bourse les spéculateurs appuient là ou ça fait mal. Maintenant faut bien reconnaitre que si ça fait mal, c'est pas de la faute des spéculateurs mais bien des gouvernements dépensiers qui se sont succédés à la tête de nos états.

Si la probabilité de crash de la ferrari de mon voisin est importante c'est certainement que celui ci est un mauvais conducteur. Et si chaque habitant du quartier a souscrit une assurance auto sur la ferrari, l'assureur va faire faillite
Et en poussant un petit peu on peut même imaginer que certains habitants du quartier sont prêt à donner un coup de main pour favoriser le destin
:lol:
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Messagepar Jean-Francois Richard » Jeu 03 06 10 16:32

Vous avez raison tous les deux, ce qui revient simplement à réguler les marchés pour éviter les dérives que l'on connaît si bien. Mais dans le cas présent, on reste songeur car on ne voit pas de régulation intelligente et, de fait, une simple mise en cause des marchés à terme et donc des possibilités de couverture...
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